Soins essentiels dans une crise persistante : Les régions septentrionales du Cameroun bénéficient de l’expertise de Médecins sans Frontières

jeudi, 25 mars 2021 14:25 N.R.M

L’organisation humanitaire médicale internationale et indépendante y a pris ses quartiers depuis un peu plus de cinq ans maintenant et, les spécialistes en tout genre s’attèlent au quotidien à offrir des soins de santé de qualité aux personnes diverses. Médecins Sans Frontières (MSF) s'est installé depuis quelques années à l'hôpital régional de Maroua, aux fins de fournir divers services. Une assistance humanitaire aux personnes touchées par l'insécurité qui règne dans cette région, en manque d'infrastructures sanitaires et de personnels qualifiés. 

 

Les services fournis par les équipes MSF vont de la chirurgie traumatologique d'urgence pour les personnes victimes du conflit entre les groupes armés et les militaires, aux soins chirurgicaux et de réadaptation de longue durée pour les personnes impliquées dans des accidents de voiture et aux soins psychologiques.

A ceux là, il faut ajouter le soutien dans le cadre de l’assistance medico-obstétrico-chirurgicale, le soutien psychosocial aux populations victimes du conflit (directes ou indirectes) de même qu’aux populations autochtones sans aucune discrimination de sexe, religion, appartenance politique.

les équipes accompagnent également la prise en charge des patients souffrant de fractures compliquées, de graves infections des tissus mous et de l'abdomen, ou de brûlures et fournissent des soins gratuits pour les urgences chirurgicales 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, des soins postopératoires, des consultations psychologiques et des activités de promotion de la santé, afin d'aider les patients à se rétablir et à reprendre leur vie quotidienne. 

 

En somme, plus de 14000 interventions chirurgicales sont mis à l’actif des médecins travaillant au sein de cette organisation humanitaire qui, en outre, ont assuré plus de 8000 consultations en santé mentale à Maroua depuis 2016.

Les équipes MSF ont également répondu à diverses épidémies de maladies dans la région de l'Extrême-Nord, notamment la rougeole, le choléra et le COVID-19.

Un impact physique et psychologique

Hawa Haman - 16 ans : « C’était un mercredi, je rentrais de l’école avec mon amie, une voiture nous a percuté, mon amie est morte sur le champ et moi j’ai perdu connaissance. J’ai été transportée à l’hôpital régional de Maroua où ma jambe a été amputée. Quand je me suis réveillée et j’ai constaté que je n’avais plus ma jambe, j’avais très mal, je pleurais, et je n’arrivais plus à regarder mon pied. J’ai passée plus de sept mois en hospitalisation et par la suite j’ai  reçu une prothèse ».

Hawa n'est pas le seul patient à avoir passé autant de temps à l'hôpital. Certains patients passent plus de deux ans sous traitement continu. Qu'il s'agisse d'un grave accident de voiture, d'une brûlure ou d'une blessure par balle, les options de chirurgie et de soins médicaux complexes, y compris les soins psychologiques, dans l'Extrême-Nord sont rares, ce qui rend le traitement fourni à Maroua encore plus précieux.

Ibrahim Abdulahi - 24 ans, a fui le Nigeria pour échapper aux groupes armés. Il a perdu plusieurs frères et sa mère dans une attaque. Il a été orienté vers MSF, présentant des signes de stress post-traumatique.

« Des attaques se produisaient tous les jours", se souvient-il. “ Je suis constamment sur les nerfs, quand quelqu'un ferme une porte, je pense que c'est une arme. Je ne peux pas être avec les gens, je ne peux pas dormir. J'ai perdu beaucoup de frères, ma mère aussi, tous dans des attaques. Les gens ont évité les coups de feu jusqu'à ce qu'ils deviennent fous…

Ça me perturbait aussi mentalement parce que je ne pouvais pas dormir. J'ai été envoyé ici à MSF. Quand je suis arrivé, j'ai dit que je ne savais pas pourquoi je vivais sur terre maintenant. Mais avec le traitement que je suis depuis, je vais mieux. Sur le plan de la santé, j'ai récupéré un peu de sommeil, je peux dormir un peu ».

Crise sécuritaire et santé mentale

Un sujet qui est très peu abordé mais dont l’impact n’est pourtant pas à négliger, révèle Raëlle Miamekongo, superviseur santé mentale Maroua, qui ajoute :

« L'an dernier seulement, nos équipes médicales ont dispensé 2 400 consultations en santé mentale à des patients de Maroua et Mora. Un accompagnement psychosocial est proposé à tous les patients et soignants pour les aider pendant leur traitement…

Dès notre arrivée à Maroua, on a eu une pléiade de types de cas. On a rencontré autant des cas de troubles mentaux modérés que des troubles mentaux sévères.

En parlant de troubles,  on peut citer ici des cas de troubles de l’humeur, des troubles anxieux, des troubles psychotiques ou psychiatriques sans oublier un grand nombre de cas de consommation de substances ou d’abus de substances. A cela s’ajoute notamment les cas de tentative de suicide».

Besoins continus et soins continus

Après avoir achevé la  réhabilitation d’une unité de soins intensifs et formé de nouvelles équipes chirurgicales, MSF a pris l’option de transférer ses services au ministère de la Santé, tout en gardant à l’esprit que les besoins de santé dans la région restent importants.

D’ailleurs pour y répondre, de nouveaux projets sont aujourd’hui lancés dans les zones voisines de Mora et Kolofata.  

À Kolofata, les équipes MSF vont fournir des soins de santé de base, y compris le traitement de la malnutrition infantile, du paludisme et de la diarrhée.

À Mora, MSF compte bientôt  proposer des interventions chirurgicales d’urgence, pour les accouchements complexes et les patients présentant des traumatismes, y compris des blessures par balle.

Ces nouveaux services reflètent le besoin non seulement de soins continus, mais aussi de services plus spécialisés dans une région qui connaît des violences fréquentes.

L'ajout d’une prise en charge chirurgicale à Mora est particulièrement pertinent, car c'est de plus en plus le point à partir duquel de nombreux patients nécessitant une intervention chirurgicale d'urgence sont orientés vers Maroua.

Dr Modeste Tamakloe, chef de mission MSF au Cameroun : «Avec l'augmentation de la capacité de l'hôpital général de Maroua, et l'ajout de services chirurgicaux à Mora et de soins primaires à Kolofata, notre objectif est d'élargir la disponibilité des soins de santé pour les populations à un moment où les conflits armés, un climat changeant, de la nourriture et de l'eau l'insécurité impose des difficultés persistantes à ceux de l'Extrême Nord».

 

N.R.M

 

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